Colnago C40, la légende

Le Colnago C40 (C pour carbone, et 40 pour les quarante ans de présence de Colnago dans le monde du vélo) commence sa carrière dans les pelotons en 1993. Le prototype, maquillé pour le faire passer pour cadre alu, permet à Tony Rominger de remporter le Tour d’Espagne (1). Ce n’est certes pas le premier cadre en carbone à s’illustrer. En 1986 déjà, Greg Le Mond gagne le Tour de France aux commandes d’un Look KG86. Mais c’est le C40 qui établit définitivement la suprématie du matériau, démontrant qu’on peut en faire des vélos capables de s’imposer sur tous les terrains. Des plus hauts cols de la Vuelta aux pavés de Paris-Roubaix.

Le C40 est un vélo de géométrie classique. Les tubes et raccords sont en fibre de carbone triple couche, assemblés par polymérisation. La fourche Star, également en carbone, est droite.

La légéreté n’a jamais été la préoccupation première d’Ernesto Colnago, mais sur une course comme Paris-Roubaix, le C40 est tout de même plus léger que tous ses concurrents. A l’époque, l’acier est roi, et beaucoup de mécaniciens font le pari de la fourche à suspension.

Andrei Tchmil et sa fourche Rock Shox, victorieux en 1994 – photo Cor Vos

Alors, la nuit qui précède Paris-Roubaix 1995, le premier où la Mapei s’aligne sur des C40, Colnago dort mal (2). Museeuw vient de gagner le Tour des Flandres sur un C40. Mais entre les pavés du Ronde, polis par le passage des voitures, et ceux de l’Enfer du Nord, il y a une différence.

Finalement, le coup d’essai s’avère un coup de maître. Franco Ballerini s’impose après une échappée solitaire de 30 km. Son coéquipier Johan Museeuw monte sur la troisième marche du podium, tandis que Gianluca Bortolami se glisse dans le top 10. Ces deux-là remettront le couvert en prenant l’échappée victorieuse en 1996, accompagnés cette fois-ci d’Andrea Tafi. Ballerini, qui joue de malchance en crevant au pire moment, fait cinquième. Tous sur un Colnago C40, monté en Shimano Dura-Ace. La Mapei et Colnago signent de nouvelles victoires en 1998, 1999 et 2000. Une série de victoires seulement interrompue par celle du Français Guesdon, sur un vélo Gitane, en 1997.

Museeuw Bortolami et Tafi
Museeuw, Bortolami (à dr.) et Tafi (à g.) signent un triplé sur le Colnago C40 à Paris-Roubaix 1996 – photo Graham Watson

Mon C40 est un modèle B-Stay, la variante avec des haubans plus larges, de 2001 ou 2002. Taille 54 cm au carré. La fibre de carbone brute est apparente sur pratiquement toute la surface, seulement recouverte par un vernis brillant et ornementée ça-et-là d’un dessin à l’aérographe, réalisé à la main dans les ateliers de Cambiago. A l’époque, on peut voir Rolf Sørensen, le Danois de Landbouwkrediet-Colnago, rouler sur un vélo similaire lors des classiques du printemps (3).

Je l’ai racheté à un cyclo de 84 ans, de cinquante ans mon aîné. Passé récemment à l’assistance électrique, il tourne une page de sa vie. Bien que rassuré de le vendre à un passionné, il a la larme à l’œil au moment de me le céder. Et je peux le comprendre. C’est un superbe vélo, léger, réactif, confortable, polyvalent. Je redécouvre des secteurs pavés que j’évitais soigneusement avec mon Cannondale CAAD. Le confort est incomparable, les vibrations pratiquement absorbées.

Le montage est récent. Le groupe Campagnolo Chorus 11 vitesses est le modèle de 2012. Les étriers de freins sont des Centaur en alu. Les roues sont des Fulcrum Racing zero, jantes alu, moyeux carbone, cintre Deda zero100 et potence ITM Pathom, selle Italia SLR. Beaucoup de pneus 25 mm actuels sont en réalité plus larges et le débattement des fourches du C40 n’est pas suffisant pour les accueillir. J’ai choisi des Veloflex Corsa, de vrais 25 mm, handmade in Italy qui plus est. Une paire de porte-bidons Élite Ciussi assortis complète l’ensemble d’un touche rétro.

Le Colnago C40 de Velogeek – photo VELOGEEK.BE

Le soir où la photo ci-dessus a été prise, je suis renversé par une voiture. Je croyais Ernesto Colnago sur parole quant à la solidité de ses vélos et n’avait pas demandé ce test grandeur nature. Si les périphériques ont quelque peu souffert du vol plané, le cadre et le pilote ont résisté au choc. Ouf, la légende est sauve.

Jonathan Quique ©VELOGEEK.BE 2020

1. « Afin de cacher son aspect le plus révolutionnaire, (le C40) a reçu une somptueuse peinture rouge et jaune pour la Vuelta a Espana de 1993, où il a été utilisé dans la montagne par le vainqueur final, Tony Rominger. Sa finition peinte a donné à cet exemplaire original l’apparence d’un cadre en aluminium à raccords soudés, une impression favorisée par l’utilisation de la section « Master » festonnée à quatre côtés de Colnago pour les tubes supérieurs et inférieurs. » (traduit de Cycle Sport, fev. 2003, repris par thewashingmachinepost.net)

2. « La veille de Paris-Roubaix, M. Squinzi, le patron de Mapei, m’a téléphoné pour me faire part de ses inquiétudes quant à l’utilisation d’une chose aussi délicate. Je lui ai dit que nous avions fait tous les tests possibles sur le cadre et la fourche et que nous étions certains qu’il n’y aurait pas de problème. J’ai dû assumer personnellement la responsabilité de ce qui allait se passer et j’ai passé toute la nuit à m’en inquiéter, à peine capable de dormir. Mais quand j’ai appris qu’il y avait quatre coureurs Mapei dans l’échappée, j’ai su que je pouvais me détendre. » (traduit de premium-cycling.com)

3. 37th Amstel Gold Race – CDM (autobus.cyclingnews.com)

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s